
Site naturel
Marais Poitevin
Vendée / Deux-Sèvres, Pays de la Loire / Nouvelle Aquitaine
À propos de ce lieu
Il fut une époque où tout ceci était la mer. Un golfe marin appelé le golfe des Pictons, parsemé d'îles calcaires, s'étendant depuis Niort jusqu'à la baie de l'Aiguillon. Aujourd'hui, le Marais Poitevin couvre cent mille hectares entre Vendée et Deux-Sèvres. C'est le plus grand marais de l'Ouest de la France. Et c'est entièrement une construction humaine.
La mer se retire lentement à partir de l'ère romaine. Les sédiments s'accumulent. Une végétation dense colonise les terres laissées libres — roseaux, joncs, saules, frênes. Le golfe devient marécage. Les populations locales, les Colliberts, apprennent à y vivre, à pêcher, à chasser, à se cacher dans les roselières lors des raids vikings du IXe siècle. Ce monde amphibie, entre terre et eau, entre présence et disparition, durera des siècles.
Puis les moines entrent en scène. Vers l'an mil, cinq grandes abbayes — Saint-Michel-en-l'Herm, Maillezais, Nieul-sur-l'Autize, Saint-Maixent, L'Absie — s'unissent pour assécher ce qui peut l'être. Elles creusent les premiers canaux, érigent les premières digues, inventent les portes à flot : des vannes à bascule qui laissent l'eau s'écouler vers la mer à marée basse et se referment à marée haute. Six mille hectares arrachés à l'océan en deux siècles. Puis la guerre de Cent Ans arrive. Puis les guerres de Religion. Les ouvrages abandonnés s'effondrent. Le marais reprend ses droits.
En 1599, Henri IV — qui a longtemps guerroyé dans ces terres — nomme l'ingénieur hollandais Humphrey Bradley maître des digues du royaume. Avec le savoir-faire flamand et les capitaux des investisseurs attirés par des avantages fiscaux royaux, les travaux reprennent. Louis XIII envoie ensuite Pierre Siète, ingénieur rochelais, qui multiplie les canaux et crée les premiers syndicats de marais — des structures collectives d'entretien qui existent encore. À la fin du XVIIe siècle, le marais desséché prend sa forme définitive : un immense polder plat, nu, sans arbres, voué aux cultures.
À l'est, là où l'assèchement n'est jamais achevé, où les canaux se ramifient à l'infini sous un plafond de frênes en têtards et de peupliers, c'est la Venise verte. Le nom date de 1902. La lentille d'eau colore les surfaces en un vert étrange, presque irréel. La barque à fond plat glisse silencieusement entre les haies de végétation. L'anguille fuit sous les eaux noires. Les aigrettes blanches regardent passer.
Ce paysage n'a jamais été stable. Il exige un entretien permanent — curer les canaux, maintenir les berges, gérer les crues. Abandonnez-le quelques décennies et la forêt revient. Ce que l'on voit ici n'est pas de la nature. C'est mille ans de travail collectif.
Le Marais Poitevin ressemble à un Eden. C'en est un — construit à la main, canal par canal, digue par digue, depuis l'an mil.
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Informations pratiques
Localisation
Vendée / Deux-Sèvres, Pays de la Loire / Nouvelle Aquitaine

