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Remparts de Granville
Manche, Normandie
À propos de ce lieu
Les remparts de Granville ont été construits par les Anglais, et pris par les Français trois ans plus tard. C'est cette ironie fondatrice qui dit tout sur la ville : une forteresse conçue par l'ennemi, retournée contre lui, et transformée en citadelle corsaire qui allait passer les deux siècles suivants à pourchasser ses bâtisseurs en mer.
En 1439, pendant la guerre de Cent Ans, les Anglais qui occupent le Mont-Saint-Michel cherchent un point d'appui sur le continent pour couper les ravitaillements français. Ils achètent le Roc de Granville, ce promontoire de granit qui avance dans la baie du Mont-Saint-Michel comme une proue de navire, et y bâtissent les premières fortifications. Des murs, une porte, des tours. En 1442, les troupes françaises reprennent la place. Granville devient française, et ses nouveaux propriétaires comprennent immédiatement la valeur de ce qu'ils ont récupéré.
Les remparts sont reconstruits et renforcés tout au long du XVe siècle en granit des îles Chausey, ce granit rose et dense extrait à quelques milles marins dans la baie, taillé et appareillé pour durer. La Haute Ville se ferme sur elle-même : une grand-porte fortifiée, une enceinte quasi continue, une église Notre-Dame du Cap Lihou bâtie en même temps que les murailles. Le roc devient ville, la ville devient forteresse.
Et la forteresse devient corsaire. Dès le XVIe siècle, Granville pratique la guerre de course, chasse aux navires marchands ennemis sous lettre de marque royale. Au XVIIIe siècle, elle est devenue le troisième port corsaire de France par le nombre d'armements et la valeur des prises, après Saint-Malo et Dunkerque. Soixante-quatre pour cent des corsaires granvillais mourraient ou finissaient en prison, les Anglais avaient compris qu'emprisonner les équipages durait plus longtemps que les tuer. Parmi eux, Georges Pléville Le Pelley, né ici en 1726, qui perdit une jambe au combat et termina ministre de la Marine sous le Directoire. Jean Beaubriand-Lévesque, commandant un vaisseau royal de troisième rang aux côtés de Duguay-Trouin au Spitzberg.
Le 18 juillet 1695, pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg, les Anglais bombardèrent abondamment la ville depuis la mer. Sans effet notable. Les remparts de granit des Chausey tinrent.
Vauban inspecta les fortifications et les jugea fort inégalement finies, faibles et en assez mauvais état. Elles résistèrent quand même.
En mars 1945, dans l'un des épisodes les plus insolites de la Seconde Guerre mondiale, un commando allemand de plusieurs centaines d'hommes débarqua depuis les îles Anglo-Normandes et s'empara du port pendant quelques heures, libérant des prisonniers allemands, avant de repartir. Un hold-up naval en pleine Libération, contre une ville déjà libérée.
Les remparts de Granville regardent la mer.
Depuis six cents ans, c'est de là que viennent toujours les surprises.
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