Saint-Céneri-le-Gérei
Autre

Saint-Céneri-le-Gérei

Orne, Normandie

À propos de ce lieu

Dans la chapelle du bord de Sarthe, les jeunes femmes qui veulent se marier piquent une aiguille dans les pieds de la statue de saint Céneri. Si l'aiguille tient, le mariage a lieu dans l'année. Si elle tombe, il faut revenir l'année suivante. La pratique est ancienne, transmise de mère en fille, et elle continue. À quelques mètres de là, un menhir couché dans l'herbe, capturé par le christianisme comme tant d'autres pierres levées de la région, sert de lit légendaire au saint depuis quinze siècles. Saint-Céneri est né en Italie au VIIe siècle. Il quitte son pays avec son frère Cénéré pour évangéliser la Gaule, remonte la Loire, s'enfonce dans les forêts du Maine et finit par s'arrêter là, sur ce piton de granite rose où la Sarthe décrit un méandre presque fermé, entre Normandie, Maine et Mayenne. Il y construit un oratoire, il y prie, il y meurt. Sur la rive opposée, là où la source jaillit, l'eau aurait le pouvoir de guérir certaines maladies des yeux. Les pèlerins viennent depuis quatorze siècles. L'église qui domine le méandre depuis son éperon rocheux est construite aux XIe et XIIe siècles, en grès roussard de couleur chaude, cette pierre normande extraite des carrières de la région qui donne au village sa teinte dorée particulière, si différente du granite gris breton ou du calcaire blanc du Vexin. À l'intérieur, les murs du transept, du chœur et de l'abside sont entièrement recouverts de peintures murales des XIVe et XVe siècles, les plus étendues conservées dans l'Orne. La voûte en berceau de bois de châtaignier, rarissime, porte des motifs en quadrilobes peints directement sur le bois. En 1843, les peintres commencent à arriver. L'invention du tube de peinture quelques années plus tôt avait libéré les artistes des ateliers, on pouvait désormais peindre en plein air, sur le motif, avec ses couleurs dans la poche. Saint-Céneri devient l'un des premiers villages-ateliers de France, contemporain de Barbizon et de Pont-Aven. Corot, Boudin, et des dizaines d'artistes aujourd'hui moins célèbres s'installent à l'Auberge des sœurs Moisy ou à l'Auberge des Peintres pour l'été. Les jours de pluie, quand on ne peut pas travailler dehors, on peint sur les murs de l'auberge. Un enfant du village, Pierre Renard, fils de la tenancière, se souvient : Un des peintres, pendant ce temps, traçait au fusain le contour de cette ombre et l'on passait l'intérieur en noir. C'est ainsi que, depuis lors, j'ai pu reconnaître, par delà le demi-siècle qui s'est hélas écoulé, les profils de beaucoup d'artistes et d'amis qui ne sont plus. La salle où ces silhouettes furent tracées s'appelle depuis la salle des décapités. L'auberge des sœurs Moisy ferme en 1908. Elle est aujourd'hui un musée. Cent dix habitants vivent dans le village. Les aiguilles continuent de s'enfoncer dans les pieds du saint. Et la Sarthe tourne autour du piton comme si elle ne savait pas où aller.

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Informations pratiques

Localisation

61250 Saint-Céneri-le-Gérei