
Île
Île-de-Batz
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
À quinze minutes de Roscoff, une île de quatre kilomètres carrés tient face à la Manche sans forêt, sans voiture, avec cinq cents habitants et un jardin de plantes tropicales planté à l'emplacement d'un village englouti sous six mètres de sable. L'île de Batz accumule les paradoxes avec la tranquillité des lieux qui n'ont plus rien à prouver.
Les Romains l'appellent Bassa insula, l'île basse, trois siècles avant que le moine gallois Pol Aurélien y débarque. Il vient évangéliser l'Armorique. Le comte du lieu le prie d'abord de chasser le dragon. Pol s'avance vers la caverne de la bête, lui passe son étole autour du cou, la conduit en laisse jusqu'à la pointe nord-ouest de l'île et lui ordonne de se précipiter dans les flots. À l'endroit dit Toull ar Zarpant, le gouffre, la mer gronde encore par tous les temps d'un bruit qu'aucune explication ordinaire ne satisfait entièrement.
L'étole elle-même est conservée dans l'église du bourg, une soie orientale du VIIIe siècle brodée de deux cavaliers à faucon avec leurs chiens entre les jambes des chevaux. Deux siècles séparent ce tissu de l'arrivée du saint. Peu importe : on la vénère quand même, classée monument historique. Quelqu'un a rapporté ce fragment d'Orient à une date inconnue, pour une raison inconnue. La légende s'est chargée du reste.
Pol fonde son monastère. Les Vikings l'incendient en 878 et s'installent sur l'île pendant quatre ans, base avancée pour leurs raids sur le continent. Le monastère reconstruit est à nouveau abandonné au XVIIe siècle, quand les dunes envahissent l'est de l'île. L'ancien village disparaît sous six mètres de sable. La chapelle romane, bâtie sur les fondations du monastère, s'enterre à moitié dans les dunes. La population se déplace vers le bourg actuel.
En 1897, un assureur parisien nommé Georges Delaselle arrive en vacances et découvre une île sans un seul arbre. Il achète quelques hectares dans l'est de l'île, là même où l'ancien village dort sous le sable. Pour installer son jardin exotique, il fait creuser à la main une large cuvette dans les dunes, plante des haies de cyprès et de pins pour briser le vent et les embruns, puis acclimate des palmiers, des agaves, des bambous, des plantes subtropicales venues de quatre continents. Ses ouvriers exhument en creusant une trentaine de sépultures de quatre mille ans. Delaselle note le fait et continue. Ruiné en 1937, il vend. Le jardin se referme sous la végétation envahissante jusqu'à sa réhabilitation en 1989.
Aujourd'hui le Toull ar Zarpant gronde toujours à la pointe nord, et le jardin Delaselle fleurit à la pointe est, sur les ossements de l'île ancienne. Entre les deux, cinq cents îliens cultivent des pommes de terre primeur dans des parcelles où le goémon remplace l'engrais, comme avant.
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