
Lieu religieux
Basilique Notre-Dame de Bon Secours Guingamp
Côtes d'Armor, Bretagne
À propos de ce lieu
Sous les dalles du porche nord, il y aurait eu une crypte. On l'appelait Notre-Dame-Sous-Terre. On la détruisit en 1792, on couvrit l'excavation de pierre, et personne depuis n'a jamais pu confirmer ce qu'elle contenait ni depuis combien de siècles les gens venaient s'y agenouiller. C'est peut-être le secret le mieux gardé de Guingamp une ville qui en garde beaucoup.
Le lieu de culte précède de loin l'édifice actuel. Une chapelle seigneuriale s'y trouve dès le XIe siècle. Au XIIIe, une grande église gothique s'élève, s'écroule partiellement, est reconstruite pendant cinquante ans. Charles de Blois, duc de Bretagne et époux de Jeanne de Penthièvre, en pose lui-même la première pierre de la sacristie et du maître-autel vers 1350, il voue une dévotion particulière à ce sanctuaire, y associe une grande foire annuelle chaque premier juillet, lie pour des siècles le pèlerinage à la vie de la ville. Il mourra à la bataille d'Auray en 1364. Sa béatification, bloquée pendant cinq siècles par calcul politique, n'interviendra qu'en 1904.
La façade sud dit tout de ce que l'édifice a traversé : roman, gothique, Renaissance, trois époques superposées dans la pierre comme des strates d'une même obsession. À l'intérieur du porche nord, dans une chapelle dont les origines remontent au XIIIe siècle, trône la Vierge noire, seule de son espèce en Bretagne. Son visage et ses mains sont noircis, volontairement, comme toutes les Vierges noires d'Europe, pour des raisons que les historiens débattent encore. Certains parlent de syncrétisme, de cultes de fécondité bien antérieurs au christianisme absorbés et transmutés. Ce qu'on sait : le lieu était sacré avant qu'on le nomme.
Pendant la Révolution, les patriotes s'emparent du trésor accumulé depuis des siècles, les bijoux offerts pour des grâces reçues, les ornements précieux, les calices. Puis ils s'en prennent à la statue. Elle est précipitée au sol. La tête se brise. Un homme chargé de la destruction l'emporte chez lui en secret, sans jamais se révéler. Il la rend à la paroisse en juillet 1805, discrètement, une fois le calme revenu. La statue actuelle est une reconstitution assemblée à partir de fragments épars, les bras manquants sont cachés sous les vêtements. Ce n'est pas la même. Et pourtant c'est elle.
En septembre 1857, quatre évêques dont un Américain assistent à son couronnement solennel par autorisation du pape Pie IX. Guingamp est alors la première basilique de Bretagne à recevoir les insignes de la couronne d'or romaine. Chaque premier juillet au soir, la procession aux flambeaux traverse encore les rues de la ville, et trois feux s'embrasent sur la place du Centre.
La crypte est sous les dalles. La tête a survécu dans une maison inconnue. La Vierge noire regarde depuis son porche.
Tags
religieuxmystèrelégende
Informations pratiques
Localisation
10 Rue Notre Dame, 22200 Guingamp
Exploré le
10 février 2026


