Abbaye Saint-Pierre de Solesmes
Abbaye

Abbaye Saint-Pierre de Solesmes

Sarthe, Pays de la Loire

À propos de ce lieu

Depuis les bords de la Sarthe, elle apparaît comme une forteresse. Hauts murs de pierre, tours massives, silhouette qui barre l'horizon sans prévenir. Un voyageur du XIXe siècle la décrivit ainsi : « une forteresse sacrée. » Il n'avait pas tort. Ce qui se passe à l'intérieur de ces murs depuis mille ans n'a rien de commun — et en 1958, Herbert von Karajan posa une condition pour diriger le chœur de l'Opéra de Vienne : que la première partie du concert soit constituée exclusivement de chant grégorien, selon l'édition de Solesmes. Seule édition digne de confiance, selon lui. Tout commence en 1010. Geoffroy de Sablé fait don d'une église et d'un monastère aux moines bénédictins. Simple prieuré pendant des siècles, le lieu reste discret, presque oublié. La Révolution française supprime les ordres religieux en 1790. Les moines partent. Le prieuré se vide. Il reste ainsi pendant quarante ans. Puis arrive Dom Guéranger. Un prêtre du Mans, né à Sablé en 1805, hanté par l'idée de ressusciter la vie monastique en France. En juillet 1833, il s'installe avec trois compagnons dans les ruines du prieuré. En 1837, Rome l'érige en abbaye. Dom Guéranger en devient le premier abbé. Et il a un projet qui dépasse largement la Sarthe : restaurer le chant grégorien authentique, celui des premiers siècles de l'Église, que des siècles de réformes maladroites ont mutilé, déformé, rendu méconnaissable. À Rome même, dira-t-il, le grégorien est « oublié, mutilé, changé, altéré. » Il envoie ses moines dans les bibliothèques d'Europe copier des manuscrits médiévaux. Dom Jausions, Dom Pothier, puis Dom Mocquereau — qui fonde en 1889 la série Paléographie musicale — construisent patiemment ce que personne n'avait osé entreprendre : reconstituer les mélodies primitives note par note, syllabe par syllabe, en comparant des centaines de manuscrits. En 1904, le pape Pie X reconnaît officiellement l'édition de Solesmes comme seule référence authentique du chant de l'Église. Le travail de soixante-dix ans vient d'être validé par Rome. Mais entre-temps, la République a expulsé les moines deux fois — en 1880, en 1882 — pour insoumission aux lois anticléricales. Ils vivent dans les maisons du village, aux portes de leur cloître fermé. Ils rentrent en 1895, construisent en urgence un nouveau bâtiment le long de la Sarthe. À peine terminé, la loi de 1901 les force à l'exil en Angleterre, à l'abbaye de Quarr sur l'île de Wight. Ils n'y resteront que vingt et un ans. Ils reviendront en 1922. Comme toujours. Aujourd'hui, dans l'église abbatiale, deux groupes de sculptures taillées à la fin du XVe siècle veillent en silence dans le transept — les Saints de Solesmes, parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture française de la Renaissance. Et tous les jours, plusieurs fois par jour, les moines chantent.

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Localisation

Sarthe, Pays de la Loire