
Abbaye
Abbaye de Saint-Florent-le-Vieil
Maine-et-Loire, Pays de la Loire
À propos de ce lieu
Sur le Mont-Glonne, à cinquante mètres au-dessus de la Loire, l'abbaye tient debout depuis quinze siècles. De loin, depuis le fleuve, elle ressemble à une forteresse. Elle l'a été. Elle a aussi été une prison. Et le théâtre d'un des gestes les plus inattendus de la Révolution française.
Tout commence au IVe siècle. Un ermite romain converti au christianisme, Florent d'Anjou, s'installe sur ce promontoire après avoir rencontré saint Martin de Tours. Il y fonde une église. Le lieu devient monastère, puis abbaye bénédictine, sous Charlemagne qui fait reconstruire les bâtiments en marbre et leur remet une relique exceptionnelle : un vase présenté comme le Saint Graal. La légende prend racine ici, sur ce rocher au-dessus du fleuve.
Au IXe siècle, les Vikings s'installent en face, sur l'Île Batailleuse, au milieu de la Loire. De cette base, ils remontent le fleuve et ses affluents, pillent, brûlent. En 853, ils ravagent le monastère. Les moines fuient avec leurs reliques, errent pendant des décennies entre Saint-Savin, Saint-Gondon et Tournus. Ils ne reviennent pas. Ils fondent une nouvelle abbaye près de Saumur — Saint-Florent-le-Jeune. Le Mont-Glonne devient Saint-Florent-le-Vieil, le Vieux. Le nom dit déjà l'abandon.
Les siècles passent. Les guerres de Religion ravagent l'abbatiale. Au XVIIe siècle, les moines mauristes reconstruisent tout — avec cette sobriété bénédictine qui fait que le lieu parle encore aujourd'hui sans décor superflu. Mais c'est 1793 qui grave Saint-Florent dans la mémoire de la France.
Le 12 mars 1793, la conscription révolutionnaire déclenche l'insurrection. La révolte éclate ici, sur le parvis de l'abbaye, quand la foule tue l'officier venu réquisitionner les hommes. C'est le début de la guerre de Vendée. Quelques mois plus tard, en octobre, après la défaite de Cholet, près de quatre-vingt mille Vendéens traversent la Loire depuis Saint-Florent — femmes, enfants, vieillards, combattants mêlés dans une déroute immense. L'abbatiale est transformée en prison. Cinq mille soldats républicains s'y trouvent enfermés, à la merci des Vendéens en fuite.
C'est alors que Charles de Bonchamps, général vendéen blessé à mort, prononce ses dernières paroles : « Grâce aux prisonniers. » Les cinq mille Bleus sont libérés. Bonchamps meurt quelques heures plus tard.
En 1825, le sculpteur David d'Angers — dont le père figurait parmi les prisonniers graciés ce jour-là — réalise le tombeau en marbre blanc de Bonchamps. Il est toujours là, dans le transept de l'abbatiale. Un fils de républicain qui honore le chef vendéen qui a sauvé son père.
L'abbaye abrite cette histoire-là. Toute entière, sans la lisser.
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Informations pratiques
Localisation
Rue Charles de Renéville, 49410 Mauges-sur-Loire


