Pont-Scorff
Autre

Pont-Scorff

Morbihan, Bretagne

À propos de ce lieu

Pont-Scorff doit tout à un pont. Pas une métaphore, un vrai pont de pierre, posé par les Romains sur le Scorff pour relier Vannes à Brest, et autour duquel une ville entière a poussé comme si elle n'avait pas eu le choix. L'histoire commence avec le gué, puis le pont, puis les légions qui passent. La rivière s'appelle le Scorff, skorf en breton, la décharge d'un étang, et c'est elle qui commande tout. Dès le haut Moyen Âge, des vaisseaux à faible tirant d'eau remontent le cours pour livrer des marchandises vers Hennebont et Guémené. Vers 1160, les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem s'installent à proximité du pont et bâtissent une aumônerie et une chapelle. Quelques vestiges de cette chapelle, datant du XVIe siècle, sont encore visibles dans les ruines côté rive. Le bourg se divise alors en deux mondes superposés. En haut, sur le plateau, la cité seigneuriale, le commerce, la justice, l'argent. En bas, au bord de l'eau, les meuniers, les artisans, les lavandières qui battront le linge de la bourgeoisie lorientaise jusque dans les années 1970. Cette verticalité sociale est toujours lisible dans la pierre. En 1382, le duc Jean IV offre la seigneurie de la Roche-Moisan à Jean Ier de Rohan en gage d'amitié, à l'issue des querelles de succession qui ont déchiré le duché. Pont-Scorff entre dans l'orbite des Rohan-Guémené, l'une des familles les plus puissantes de Bretagne. Ils ne résident pas ici, leur château est ailleurs, mais ils y font rendre la justice. C'est Jean de Rohan-Guémené, Grand Maître de Bretagne sous les reines Anne et Claude, qui fait construire la Maison des Princes entre 1565 et 1577. Le bâtiment abrite l'auditoire de la sénéchaussée, la gabelle où l'on paye l'impôt sur le sel, et une prison. Une simple cellule pourvue d'une cheminée. Sur le pignon nord de cette cellule, un croissant de lune est sculpté dans le granit, détail étrange, encore inexpliqué. La façade est un manifeste de la Renaissance bretonne : lucarnes à frontons, pilastres losangés, coquille sculptée frappée d'une tête humaine, animaux fabuleux et chiens en ronde-bosse sur les rampants. La légende murmure qu'un souterrain reliait la cave au château du Leslé, en contrebas, permettant d'acheminer les condamnés vers le gibet sans traverser le bourg. Les historiens restent prudents. La légende, elle, ne l'est pas. La Révolution efface les Rohan. La Maison des Princes devient un immeuble ordinaire, puis est rachetée par la commune en 1921. Elle est aujourd'hui la mairie. La salle où l'on jugeait, condamnait, emprisonnait accueille désormais les mariages civils. Le Scorff coule toujours en contrebas, le saumon atlantique remonte encore son cours, et les pierres gardent leur silence de plusieurs siècles.

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petite cité de caractèrenatureartisanat

Informations pratiques

Localisation

pont scorff 56620