
Autre
Fort de l'Aber
Finistère, Bretagne
À propos de ce lieu
Le fort de l'Aber n'a jamais servi. Construit en 1861 sur un îlot de la presqu'île de Crozon pour repousser une invasion anglaise qui ne viendra jamais, il est abandonné dès 1914 sans avoir tiré le moindre coup de canon. Sa seule utilisation militaire, et il faut entendre l'ironie de la chose, sera celle d'un dépôt de munitions de l'armée d'occupation allemande entre 1940 et 1944.
L'aber est un estuaire. Le petit fleuve côtier qui lui donne son nom se jette là dans l'anse de Morgat, au creux de la presqu'île de Crozon, face à la baie de Douarnenez. L'îlot émerge à marée basse, disparaît à marée haute. Pour y accéder, il faut attendre que la mer se retire, et se hâter, parce qu'elle revient. Ce calendrier des marées a dicté pendant des siècles la logique défensive du lieu : un point de tir sur angle large, une position imprenable à marée haute, impossible à ravitailler sans surveillance des horaires.
Vauban le comprend dès 1694. Nommé commandant de la place de Brest par Louis XIV, il inspecte les côtes de la presqu'île et identifie l'île de l'Aber comme un point de contrôle naturel sur l'anse. Mais ses grands projets se heurtent aux budgets, aux gouverneurs et aux maréchaux qui commandent au-dessus de lui. Il installe un modeste corps de garde avec une poudrerie, trois canons, une sentinelle, du vent. Cent soixante-huit ans plus tard, Napoléon III lance la réorganisation de la défense du littoral français et le fort est enfin construit, carré, crénelé, prévu pour trente hommes dans quatorze mètres sur quatorze.
Il arrive trop tard. Les guerres qui menaçaient Brest par la mer d'Iroise n'ont pas eu lieu. La Prusse vient de l'est, pas de l'Atlantique. En 1914, la mobilisation générale vide le fort sans qu'on ait pris le temps de l'utiliser.
À proximité, la motte féodale de Rozan rappelle que ce petit aber est défendu depuis le Xe siècle au moins. Des tuiles romaines retrouvées à la pointe de Raguenez voisine laissent imaginer une présence plus ancienne encore, peut-être un relais, peut-être une industrie. L'île a toujours attiré quelqu'un pour surveiller quelque chose.
Aujourd'hui le Conservatoire du littoral en est propriétaire. La végétation a recouvert les créneaux, les angles, les murs. Les mouettes nichent dans ce qui fut une casemate. Il faut toujours attendre la marée basse pour traverser.
Le fort attend là, à quelques centaines de mètres du rivage, parmi les herbes et les roches, un oubli de granit dans un paysage qui n'a jamais eu besoin d'être défendu.
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