Château d'Anet
Château

Château d'Anet

Eure-et-Loir, Centre-Val de Loire

À propos de ce lieu

Derrière ce portail, une femme a voulu laisser sa marque dans la pierre pour l'éternité. Elle y a réussi. Le château d'Anet, niché dans la vallée de l'Eure à quelques lieues de Dreux, est l'un des joyaux absolus de la Renaissance française. Mais avant d'être un chef-d'œuvre architectural, c'est une histoire d'amour — ou du moins ce que le pouvoir peut ressembler à l'amour. Tout commence avec Diane de Poitiers. Veuve de Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie, elle entre en deuil en 1531 et devient peu après la favorite d'Henri II, son cadet de vingt ans. Leur liaison durera jusqu'à la mort du roi. En récompense de cette influence discrète mais absolue sur le souverain, Henri II lui offre le domaine d'Anet et lui confie sa transformation. Diane ne fait pas les choses à moitié. Elle engage Philibert de l'Orme, le plus grand architecte français de son temps, et convoque autour de lui une constellation d'artistes : Jean Goujon pour les sculptures, Benvenuto Cellini, Jean Cousin, Léonard Limosin. Entre 1548 et 1552, un palais surgit de terre. Le résultat sidère encore. Dès l'entrée, un arc de triomphe inspiré de l'Antiquité accueille le visiteur — quatre colonnes doriques, fronton sculpté, et en son centre une horloge marquant les phases de la Lune. La Lune, emblème choisi par Diane pour s'identifier à Diane chasseresse, déesse romaine de la chasse et de la nuit. Son monogramme, ses croissants, ses initiales entrelacées avec celles d'Henri : partout, dans chaque pierre, chaque motif, une femme a écrit son nom. C'est la première fois dans l'histoire qu'un château entier est conçu comme le portrait symbolique de sa commanditaire. La chapelle royale, avec son plan en croix grecque et son extraordinaire dôme à caissons, est considérée par certains spécialistes comme le plus beau bâtiment de la Renaissance en France. Joachim Du Bellay, ébloui par l'ensemble du domaine, parlera dans ses Regrets de "paradis d'Anet", évoquant "la belle architecture, les marbres animés, la vivante peinture." Puis Henri II meurt en 1559, tué dans un tournoi. Catherine de Médicis, devenue régente, reprend ses biens à Diane qui se retire définitivement à Anet. Elle y meurt en 1566. Sa fille lui fait élever une chapelle funéraire pour abriter son tombeau — chef-d'œuvre de Pierre Bontemps. Diane repose là encore aujourd'hui. La Révolution failli tout détruire. Vendu comme bien national, le château est littéralement démantelé à l'explosif au début du XIXe siècle. Les deux tiers de l'édifice disparaissent. Ce qui subsiste — une aile, la chapelle, le portail monumental — est sauvé en 1853 par un nouveau propriétaire. Depuis 1860, cinq générations de la même famille veillent sur ce fragment de splendeur. Un fragment. Mais quel fragment.

Informations pratiques

Localisation

Eure-et-Loir, Centre-Val de Loire