
Lieu religieux
Cathédrale Notre-Dame de Sées
Orne, Normandie
À propos de ce lieu
À Sées, deux flèches de pierre surgissent à près de soixante-dix mètres au-dessus de la ville. Elles donnent à la cathédrale Notre-Dame une silhouette presque démesurée pour cette petite cité normande. Pourtant, derrière l’élégance gothique se cache une histoire beaucoup plus violente. Ici, les cathédrales ont brûlé, été détruites, reconstruites puis menacées d’effondrement. Celle qui se dresse aujourd’hui est au moins la cinquième à occuper ces lieux.
Sées possède un évêché très ancien. Dès l’Antiquité tardive, la ville devient l’un des centres religieux de la région. Une première cathédrale aurait existé dès les premiers siècles du christianisme, avant que les invasions et les guerres ne bouleversent plusieurs fois son histoire.
Au XIe siècle survient l’épisode le plus spectaculaire.
En 1048, l’évêque Yves de Bellême tente de reprendre sa propre cathédrale, occupée par des hommes qui s’y sont retranchés. Pour les déloger, il ordonne d’incendier les maisons voisines.
Le feu échappe à tout contrôle.
Les flammes atteignent la cathédrale et la détruisent.
Yves doit alors entreprendre sa reconstruction. Mais pour financer le chantier, il quitte la Normandie et voyage jusqu’en Italie afin de recueillir des fonds. Une nouvelle église romane finit par s’élever.
Elle ne survivra pas davantage.
Les conflits du XIIe siècle endommagent à nouveau l’édifice. Puis, au début du XIIIe siècle, une reconstruction complète commence. Cette fois, Sées adopte le langage architectural venu des grandes cathédrales gothiques.
Le chantier dure plusieurs générations.
Le chœur s’élève d’abord, puis le transept et la nef. Au XIIIe siècle, la pierre semble progressivement perdre son poids. Les murs s’ouvrent, les verrières gagnent en hauteur et deux immenses flèches viennent encadrer la façade occidentale.
À l’intérieur, le regard est immédiatement attiré vers le chœur. Des vitraux médiévaux y conservent encore des fragments du XIIIe siècle, survivants rares des destructions et transformations successives.
Mais la cathédrale reste fragile.
Au fil du temps, les fondations et certaines parties de l’édifice se déforment. Au XVIIIe puis surtout au XIXe siècle, d’immenses campagnes de restauration deviennent nécessaires. Contreforts, arcs-boutants et maçonneries sont repris pour empêcher le monument de céder.
Même les deux guerres mondiales ne parviennent pas à faire disparaître Notre-Dame.
Aujourd’hui, ses flèches dominent toujours Sées comme elles le font depuis des siècles.
Mais sous cette apparente légèreté gothique demeure la mémoire de toutes les cathédrales disparues avant elle.
À Sées, la pierre s’est effondrée plusieurs fois.
Elle s’est toujours relevée plus haut.
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